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Ce projet artistique, historique et citoyen permet à 6 établissements scolaires de travailler sur la thématique de l’esclavage en lien avec le thème de  "La flamme de l’égalité"  et également d’aborder les problématiques liées au racisme dans la société contemporaine. 

Deux journées à Lyon sont nécessaires : une dans le cadre d’une journée banalisée, l’autre pour la restitution du projet artistique et la participation à la commémoration du 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions »  ou du 23 mai, journée nationale en hommage aux victimes de l'esclavage colonial.

Lors de la première journée qui a lieu entre octobre- décembre, les élèves participent à un atelier danse : « Le corps en résistance » d’1h30, à un atelier chant : « Résister et survivre par le chant » d’1h30, un atelier sur l’histoire de l’esclavage au fil du temps et un spectacle « L’Afrique, tradition et modernité » par Amy & Al trio.

Les élèves travaillent ensuite de façon interdisciplinaire dans leur établissement en histoire, musique, français…. A partir de ce qu'ils ont vécu lors de la journée banalisée, des connaissances acquises en classe et des différentes rencontres proposées, ils créent une œuvre artistique de leur choix : une chanson, mini saynète, représentation théâtrale…Pour les accompagner dans l’élaboration de leur création, une aide artistique de 10 heures est proposée.

Par la suite, l’ensemble des élèves participent soit le 10 mai soit le 23 mai 2025 à la cérémonie officielle à  17h place Antonin Ponce à  Lyon et présentent un concert de restitution  de leur création dans  une salle de concert Lyonnaise en présence des partenaires et des parents.

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Un corps en résistance – Atelier danse

Sous la conduite d’une  artiste chorgrépahe Christelle Bouyoud, les élèves ont pris part à un atelier de danse intitulé « Le corps en résistance ». À travers le mouvement, ils ont exploré comment le corps peut devenir un moyen d’expression face à l’oppression, un outil de lutte, de dignité et de liberté. Ce travail corporel leur a permis de donner une forme physique et sensible aux émotions et aux récits d’esclaves, tout en développant leur confiance, leur coordination et leur créativité.

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La voix pour survivre – Atelier chant

Parallèlement, l’atelier chant « Résister et survivre par le chant » a été  animée par l'artiste Sabine Kouli.

En travaillant la voix, le souffle et les harmonies collectives, les élèves ont pris conscience de la puissance du chant comme acte de survie, de résistance culturelle et de transmission mémorielle. Le chant est un langage universel capable de relier passé et présent.

Comprendre pour mieux transmettre – Atelier historique

Ces deux ateliers artistiques ont été complétés par un atelier historique consacré à l’évolution de l’esclavage au fil du temps. Les élèves ont étudié des documents d’archives, des témoignages et des œuvres filmiques retraçant les différentes formes d’esclavage, de la traite transatlantique à ses héritages contemporains. Cet ancrage historique a permis de donner du sens à leur travail artistique en l’inscrivant dans une démarche de compréhension et de mémoire active.

Un voyage de mémoire et de musique : retour sur un spectacle poignant

Le texte bouleversant « En l’an 1780… », retraçant la trajectoire de Kwame, jeune homme arraché à son village africain et réduit en esclavage, a inspiré un spectacle conçu par des artistes sénégalais "Ami et al trio". Ce spectacle a été présenté à bord d’une péniche  aux élèves, les artistes ont su donner vie au récit à travers une mise en scène sensible et rythmée par des intermèdes musicaux et vocaux.

Des chants traditionnels africains ont ponctué la lecture du texte, illustrant la force de l’histoire et la résilience d’un peuple face à la déshumanisation.

Les élèves, très impressionnés et émus, ont écouté le récit, porté avec intensité par la force expressive de la voix et du tambour.

 

 À travers cette performance, les artistes ont voulu transmettre un message essentiel : malgré la violence, malgré la contrainte, les esclaves ont su garder espoir. Par le chant, la danse et la culture, ils ont résisté et affirmé leur dignité humaine.

Le spectacle s’est conclu dans la joie et l’énergie d’un concert participatif. Les élèves ont été invités à chanter, à danser, à exprimer leur émotion.

Ce moment de partage symbolisait la victoire de la vie sur l’oppression, et montrait que la transmission de la mémoire peut aussi se faire dans l’enthousiasme et la lumière.

Ce projet artistique, entre mémoire et création, a permis d’ancrer une histoire souvent tue dans les corps et les cœurs. Il a rappelé que l’art peut être un acte de résistance, de transmission et de guérison.

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" En l'an 1780"

En l'an 1780, au fin fond de l’Afrique, j'étais un jeune homme nommé Kwame, vivant dans un village vibrant de couleurs et de vie. Mon village, niché entre de majestueux baobabs et des champs dorés de mil, était un lieu où la nature et l'humanité cohabitaient en harmonie.

Le soir, lorsque le soleil se couchait, les villageois se rassemblaient autour du feu. Les hommes jouaient de la musique avec des tambours faits main, tandis que les femmes dansaient avec grâce, leur corps ondulant au rythme des battements. Les enfants, les yeux brillants d’émerveillement, écoutaient attentivement les contes d’animaux et de héros, rêvant de l’avenir.

Chaque jour était une célébration de la vie, un mélange d'espoir et de résilience, enraciné dans la culture et les traditions. Mais cette paix et cette beauté furent brutalement interrompues, et mon village, qui avait vu tant de rires et de joie, fut plongé dans le désespoir lorsque des hommes, sous l'emprise de la cupidité, s’approchèrent pour détruire tout ce que nous avions construit.

Des hommes noirs, ivres de pouvoir et de richesse, sous les ordres de colons européens, menèrent une  razzia terrible dans mon village, détruisant la quiétude de ma vie. Les chaînes s’enroulèrent autour de mes poignets, et ma liberté fut volée, comme un rêve oublié. Je devenais un butin de guerre, alors que l’esclavage existait depuis des millénaires sur le sol d’Afrique, cette fois-ci, ce n’était pas les arabo-musulmans, mais pour les Européens, qui cherchaient de la main-d'œuvre pour… je ne le savais pas encore mais j’allais vite le découvrir.

J’ai  du marché longtemps, des jours et des jours, avant d’arriver sur la côte, devant l’île de São Tomé où j’ai été vendu contre de l’alcool et des armes. Je n’étais plus un homme mais une marchandise.

C’est alors que je suis parti pour le grand voyage.  Devant moi, un énorme bateau. Il a fallu embarquer dans ce monstre flottant sans savoir où il me mènerait. C’était comme ils disent un navire négrier….. mais j’ignorais à l’époque  ce que cela signifié. Je m'éloignais donc peu à peu de la terre de mes ancêtres avec le cœur lourd de tristesse. Le bateau s’enfonçait dans une mer de violence et dans le ventre du navire nous étions des centaines entassées, enchaines les uns aux autres.

Les cales, sombres et humides, étaient surpeuplées, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, chacun entassé dans des espaces réduits, incapables de se mouvoir. Les chaînes brillaient dans l’obscurité, grattant les poignets, tandis que des cris étouffés et des murmures désespérés s'élevaient dans l'air nauséabond. L'odeur âcre de la sueur, de la peur et de l'excrément emplissait l'espace, rendant la traversée d'autant plus insupportable.

L’odeur de la peur et de la misère flottait dans l’air chaud et moite. Certains avaient perdu connaissance, incapables de supporter les conditions inhumaines, tandis que d'autres cherchaient désespérément à se réconforter, partageant des murmures de souvenirs lointains, de familles laissées derrière et de terres chéries.

À la surface, le ciel était d’un bleu éclatant, un cruel contraste avec l’obscurité qui régnait à l’intérieur. Les marins, indifférents à la souffrance qu’ils transportaient, s'affairaient sur le pont, surveillant les voiles et le cap. Pour eux, ces hommes et ces femmes n’étaient que des marchandises, des objets à échanger contre des richesses lointaines.

 

 

Chaque jour, les marins montaient la garde, surveillant chaque mouvement. Leur brutalité quotidienne, les coups de fouet et les cris résonnaient dans le ventre du navire, rappel constant de leur domination.

La traversée a été longue et épuisante, elle dura 6 semaines, avec des rations de nourriture insuffisantes, et l'eau souvent contaminée. Les jours se mêlaient à des nuits sans sommeil, où l’espoir semblait s'évanouir dans la tempête. Mais même dans cette obscurité, des murmures de résistance et de solidarité circulaient chacun portait en lui un souvenir de liberté, une flamme d'espoir, même au cœur de ce cauchemar.

Lorsque le navire accostait enfin aux Antilles, la lumière du soleil semblait un cruel rappel de notre  triste sort. Les chaînes, toujours pesantes, nous conduisaient vers un nouveau monde, mais cette fois-ci, le prix à payer était bien plus lourd : la perte de l’identité, de la dignité, et de la liberté.

Sur le quai poussiéreux, au cœur des Antilles, l’atmosphère était chargée d'une tension palpable. Le soleil, implacable, frappait ma peau, las et résignés, j’attendais, les yeux éteints. Avec un mélange de condescendance et d'appétit, les colons nous scruter, chaque regard était un jugement, une évaluation de valeur. Au centre de la scène, un marchand, visage impassible, prenait la parole, annonçant haut et fort les détails de la vente, je fus vendu une seconde fois.

L’angoisse de la séparation se lisait sur nos visages, mais aussi une dignité silencieuse nous retenait. Les hommes et les femmes se tenaient droits, malgré les chaînes qui les enserraient et les murmures de résistance se mêlaient aux cris d'appel des acheteurs comme un défi face à l’inéluctable.

Une fois achetés, nous devenions des outils, des corps soumis à la volonté d'un maître ou la sueur serait le prix de la survie. Les colons, avides de main-d'œuvre pour leurs plantations, voyaient seulement en nous des bras capables de travailler, ignorant les âmes qui s’éteignaient lentement derrière nos regards vides.

Je fus donc vendu à un colon, un homme sans appel. Dans les champs de canne à sucre, le travail commença. Mes bras se fatiguaient, mais mon esprit ne pliait pas. Le maître, impitoyable, surveillait chaque geste, sa voix résonnait comme une menace accompagnée bien souvent par le fouet. Ce système de plantation prospéré tellement que le maitre  avait  sans cesse besoin  d’esclaves.

Les jours s'écoulaient, et l’esclavage devenait une routine. La canne à sucre, un destin sans fin. Nous, hommes et femmes, sous le joug de l’injuste, rêvions en silence d’un futur juste. De l’aube à la tombée de la nuit sous un soleil de plomb je coupais à la machette la canne à sucre. Pendant des mois, des années je faisais inlassablement le même geste…

Mais un matin, j’avais eu échos des révoltes qui secouaient certaines îles et le 27 avril 1848 les chaînes de l'esclavage se brisaient enfin. La révolte résonnait, un cri de victoire : désormais j’étais libre. Mais dans mon cœur demeurait le vide de mon lointain pays, mon village oublié, mes rires et mes amis…… Les nouvelles de l'abolition de l'esclavage en France et dans ses colonies m'apportaient un mélange de joie et de tristesse, me rappelant que des millions de vies avaient été sacrifié dans cette lutte pour la liberté.

Je choisis de bâtir sur cette terre nouvelle un foyer de résistance, une vie sans querelle, une vie d’homme.

 Ainsi, voyageur de l’âme, je raconte mon histoire, ma lutte, mon drame. Dans chaque mot, une étoile, une larme, pour que jamais l’oubli me réduise au silence.

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